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Italics – Le destin littéraire de Primo Levi

Par Giorgio Berruto*

Si Primo Levi a d’abord été perçu comme un témoin d’Auschwitz, celui qui en a donné l’image la plus exacte et la plus frappante, il est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature italienne du XXe siècle et comme un auteur de portée universelle. Comme le souligne Marco Belpoliti, l’un des principaux spécialistes italiens de l’auteur de Si c’est un homme, il est évident que nous sommes face à un grand témoin parce que nous avons affaire à un grand écrivain, et non l’inverse. Beaucoup de témoins ont écrit sur les camps, mais peu d’écrivains l’ont fait comme Primo Levi.
Pourtant, l’écrivain turinois a eu du mal à se faire connaître après la Seconde Guerre mondiale. C’est dans les mois qui suivirent son retour en Italie – un voyage long et chargé de péripéties, qu’il a raconté dans La Trêve – que Primo Levi écrit ce qui deviendra Si c’est un homme. Il envoie le manuscrit à l’éditeur turinois Einaudi, qui refuse de le publier. Le livre le sera en 1947 par le petit éditeur De Silva, avant qu’Einaudi ne le réédite, plus de dix ans plus tard, en 1958. Le véritable directeur d’Einaudi, l’écrivain Cesare Pavese, antifasciste mais qui n’a pourtant pas pris part à la Résistance, est l’homme qui, selon toute vraisemblance avait décidé, avec Natalia Ginzburg, de ne pas éditer le livre.  Comme l’écrit Belpoliti dans le volume Primo Levi di fronte e di profilo (Guanda) [Primo Levi de face et de profil] : le refus « n’est pas tant le fruit d’une incompréhension, que d’un choix éditorial délibéré » qui s’explique par les nombreux ouvrages sur la guerre civile et la déportation déjà publiés au cours des deux années précédentes et par leurs mauvaises ventes. Mais la publication manquée d’Einaudi a également une autre cause tout aussi importante, de nature linguistique celle-ci, sur laquelle nous allons revenir.

*Cet article a été originellement publié sur K. le 13 avril 2022.