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Les signaux du changement

Par Anna Foa*

Je crois que nous sommes confrontés à des nouvelles formes d’antisémitisme et que, comme beaucoup de choses autours de nous, l’hostilité envers les Juifs est aussi en train de changer de nature. Ou alors, plus que changer totalement sa nature, elle réintroduit de façon renouvelée et avec d’autres priorités le langage antisémite et peut-être même sa pratique. Regardons donc les deux images de l’assaut du Capitole à Washington le 6 janvier dernier: dans la première il y a un homme avec un t-shirt disant “Camp of Auschwitz” et dans la seconde un autre avec le slogan “6 millions n’ont pas suffis”. Il faut se garder d’envisager ça comme du simple folklore, de la même manière que les drapeaux confédérés, l’ostentatoire refus du port du masque, les accusations portées contre Soros et les “pédophiles”, les suggestions d’un christianisme évangélique fondamentaliste qui n’a rien à envier aux islamistes radicaux, et le suprémacisme blanc.
Ce n’est pas du folklore, mais plutôt une fusion de différents morceaux qui s’emboîtent jusqu’à créer pas vraiment et seulement une idéologie, mais surtout une mutation de nature anthropologique: une mutation qui plaît, séduit et permet à n’importe qui d’interpréter le monde à sa manière, ne disposant pas des outils pour y parvenir. L’antisémitisme fait partie à part entière de cette fusion basée uniquement sur le conspirationnisme.
Cependant, pour comprendre pleinement ce dont on s’occupe, il est impossible d’aborder uniquement l’antisémitisme. Il faut aussi comprendre ses liens avec ce qu’il en reste: le mythe du Ku Klux Klan, l’idée qu’il n’y a pas de vérité, concept de base du négationnisme, et que tout est et doit être un mensonge. Derrière tout ça, il y a l’ombre de Stephen Bannon, adepte du philosophe italien Julius Evola, qui sous le fascisme a diffusé en Italie Les Protocoles des Sages de Sion. Nous devons être prudents et nous efforcer de lutter contre ce phénomène dans son ensemble. Nous devons être à même de décoder les signaux du changement et de ne pas oublier ce qui est arrivé lorsque nous n’en avons pas été capables il y a quatre-vingt-deux ans.

*Historienne

Traduit par Mattia Stefani, étudiant de l’École Supérieure pour les Interprètes et les Traducteurs de Trieste et stagiaire dans le bureau du journal de l’Union des communautés juives italiennes.